Une ferme du Brionnais

Bernard Thévenet naît le 10 janvier 1948 à Saint-Julien-de-Civry, en Saône-et-Loire, à la ferme du Pou. La commune est un village du Brionnais, au sud de la Bourgogne, terre d’élevage de la race charolaise. Ses parents, Henri et Alice Thévenet, exploitent d’abord une ferme au hameau de Maringues, où il passe ses premières années. En 1957, quand il a neuf ans, ils s’installent comme métayers au lieu-dit le Guidon. C’est là qu’il grandit.

Le nom du hameau a fait naître une légende, que Miroir du Cyclisme corrigeait dès 1975 : « Le futur champion cycliste n’est pas né au Guidon ». Thévenet en raconte l’origine : « Quand je suis passé professionnel, j’habitais chez mes parents. Donc mon adresse, c’était le Guidon à Saint-Julien-de-Civry. Alors évidemment, un journaliste est tombé là-dessus, c’était trop beau. Il a dit que j’étais né au Guidon. La légende est partie. »

Les enfants vont à l’école à vélo. À six ans, Bernard s’y rend assis sur le porte-bagages de sa sœur. Un an plus tard, il a sa propre machine et parcourt seul les dix kilomètres du trajet quotidien. En 1962, un vélo « demi-course » récompense son certificat d’études. Il quitte alors l’école pour travailler à la ferme :

« J’avais le goût des études mais la condition de mes parents, trop modeste, ne m’offrait pas les moyens de poursuivre mes études. J’ai abandonné l’école à quatorze ans pour aider aux travaux de la ferme. »

Le Tour passe devant la ferme

Le dimanche 2 juillet 1961, la 8e étape du Tour de France, Chalon-sur-Saône - Saint-Étienne, traverse le Brionnais. L’itinéraire officiel publié par Miroir du Cyclisme annonce le passage au Guidon au kilomètre 78, vers 12 h 18. Bernard est enfant de chœur à l’église du village. Le curé avance l’heure de la messe pour que les fidèles puissent voir les coureurs. L’image ne le quittera plus. Cinquante ans plus tard, il la décrit ainsi :

« C’était l’époque des cale-pieds chromés, des fourches chromées qui brillaient sous le soleil. Pour moi, ces coureurs étaient des chevaliers des temps modernes. »

L’étape est gagnée par Jean Forestier, l’un des coureurs de la région qu’il admire, avec Anglade et Rivière. Mais son modèle reste Jacques Anquetil : « je rêvais d’imiter Anquetil contre la montre, Bahamontès dans les cols et Van Looy dans les sprints », dira-t-il en 1977. Fait rare pour un village de plaine, le Tour repasse au Guidon l’année suivante, lors de l’étape Lyon - Nevers du 14 juillet 1962.

Une première course en cachette

La ferme a besoin de bras et les parents ne voient pas d’un bon œil les ambitions de leur fils. En 1963, il prend sa licence au Vélo Club Charollais. Il dispute sa première course sans prévenir ses parents, à Charnay, et termine troisième. Ils l’apprennent en lisant le journal local, et la dispute qui suit oblige le président du club à intervenir. Il invite le père et la mère à venir voir leur fils à la course suivante. Bernard la gagne. Son père accepte alors qu’il coure, à condition que la ferme n’en souffre pas.

Les résultats suivent vite. Il est champion de Bourgogne sur route en 1965 et en 1966. Cette année-là, il gagne aussi le Tour du Roussillon, devant l’Espagnol Luis Ocaña, et le Grand Prix Rhône-Presse, et se classe troisième du Grand Prix des Nations amateurs, le grand contre-la-montre de l’époque.

L’ACBB, 1968-1969

En 1966 et 1967, il court aussi pour Wolhauser, l’équipe amateur de Jean de Gribaldy, patronnée par les Cafés Ravis. En 1967, il se classe neuvième de la Route de France amateurs. En juillet, il est appelé sous les drapeaux : d’abord dans un régiment du génie à Besançon, puis au bataillon de Joinville, installé à Fontainebleau, où il reste jusqu’en octobre 1968. En décembre 1967, il participe au stage de l’équipe de France amateur à l’Institut national des sports, autour de Robert Oubron.

En 1967 toujours, Mickey Wiegant, le patron de l’Athletic Club de Boulogne-Billancourt, fait le voyage jusqu’au Guidon pour l’enrôler. Thévenet est alors chez ses parents en permission. Le club forme de nombreux futurs professionnels, en particulier pour l’équipe Peugeot.

Il court pour l’ACBB en 1968 et 1969. Miroir du Cyclisme le montre sous ces couleurs à l’été 1968 : résultats du championnat de France juniors avec la mention « Ile-de-France, ACBB-Ducretet-Thompson », puis du championnat des sociétés, gagné par l’ACBB sur des vélos Terrot. 1968 est la saison de la confirmation :

  • champion de France sur route juniors, le 29 juillet à Port-de-Bouc, devant Le Bourhis et Largeau ;
  • champion d’Île-de-France sur route ;
  • vainqueur du Grand Prix de France, du Grand Prix de Hérisson et du Grand Prix de Montceau-les-Mines ;
  • champion de France des sociétés avec l’ACBB, aux côtés de Briend, Proust et Bouloux, le 1er août à Port-de-Bouc.

Son titre ne suffit pas à lui ouvrir l’équipe de France : il n’est pas retenu pour les Jeux olympiques de Mexico. « Malgré cette victoire je n’ai pas été sélectionné pour les Jeux Olympiques de Mexico », rappellera-t-il en 1977. En septembre, il court le Tour de l’Avenir avec l’équipe régionale Centre-Est et se classe septième.

1969, dernière saison amateur

En 1969, il gagne le Grand Prix de Saclay et le Grand Prix de Saint-Symphorien-sur-Coise. Écarté une nouvelle fois de l’équipe de France pour le Tour de l’Avenir, il court avec l’équipe régionale du Centre et gagne la 8e étape, Angers - Châteauroux. C’est pendant cette course qu’il signe son premier contrat professionnel avec Peugeot, sur le conseil de Mickey Wiegant. Il termine deuxième du Grand Prix de France.

Il passe professionnel en 1970, à vingt-deux ans, sous le maillot blanc à damier noir de Peugeot-BP-Michelin.

Ce qu’en disait Miroir du Cyclisme

« Ils seront dangereux, surveillez-les ! » écrivions-nous en substance alors de Bernard Thevenet (auteur du doublé Ile-de-France - titre national)

Le mensuel rappelle qu’il l’avait signalé dès janvier 1968. Entre-temps, Thévenet est devenu champion d’Île-de-France puis champion de France juniors, le 29 juillet à Port-de-Bouc. Miroir du Cyclisme, n° 104, août 1968, p. 27 (bilan de la saison amateur). Voir la page sur PANDOR (nouvel onglet)
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