Merckx en jaune
Le 62e Tour de France part de Charleroi, en Belgique, le 26 juin 1975. Eddy Merckx vise un sixième succès, record que personne ne détient alors. Il prend le maillot jaune au contre-la-montre de Merlin-Plage, lors de la 6e étape, et gagne aussi celui d’Auch. Thévenet, leader de l’équipe Peugeot-BP-Michelin dirigée par Maurice De Muer, perd surtout du temps dans la première demi-étape, Charleroi - Molenbeek, et au contre-la-montre de Merlin-Plage, où il crève. À Auch, il n’est battu que de 9 secondes. Il reprend peu à peu son retard en montagne.
Le coup de poing du puy de Dôme
Le 11 juillet, la 14e étape arrive au sommet du puy de Dôme. Thévenet attaque, Lucien Van Impe l’accompagne et gagne l’étape. Merckx limite les dégâts sous les sifflets d’une partie du public. À 150 mètres de la ligne, un spectateur le frappe au foie. L’agresseur sera identifié, poursuivi et condamné. Merckx reçoit ensuite des médicaments contre la douleur, auxquels il attribuera plus tard sa défaillance.
13 juillet : Pra-Loup
Après une journée de repos à Nice, la 15e étape relie Nice à Pra-Loup, 217,5 kilomètres à travers les Alpes du Sud. Thévenet n’est plus qu’à une petite minute de Merckx au classement général.
Il attaque dès le col des Champs. Joseph De Schoenmaecker, l’équipier de Merckx, ramène son leader. Thévenet relance six fois ; Merckx répond à chaque fois. Le Français crève dans la descente et doit chasser pour revenir. Au col d’Allos, c’est Merckx qui attaque, peu avant le sommet, puis plonge dans la descente vers Barcelonnette. Seul Gimondi, bon descendeur, limite l’écart. Au pied de la montée finale, Thévenet compte plus d’une minute de retard. Il ne reste que six kilomètres, une ascension de deuxième catégorie. Pour les suiveurs, l’affaire est entendue.
Le final : du col d’Allos à Pra-Loup
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Col des Champs, km 158. Thévenet attaque, Merckx répond, Thévenet repart. Dans la descente, il crève ; son équipier Raymond Delisle lui donne sa roue. Il revient avant le col d’Allos.
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Col d’Allos, km 194,5. Merckx attaque dans le dernier kilomètre et passe au sommet avec 8 secondes d’avance sur Thévenet, 15 sur Gimondi.
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À 10 km de l’arrivée. Après sa descente, Merckx compte 18 secondes d’avance sur Gimondi et 1 minute 10 secondes sur Thévenet.
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À 4 km de l’arrivée. Merckx cale dans la montée de Pra-Loup. Gimondi le rejoint, puis Thévenet les passe tous les deux.
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Pra-Loup, km 217,5. Thévenet gagne seul, 23 secondes devant Gimondi. Merckx finit cinquième, à 1 minute 56 secondes : Thévenet prend le maillot jaune.
Puis Merckx cale. À quatre kilomètres du sommet, le quintuple vainqueur du Tour s’effondre. Felice Gimondi le rejoint, puis Thévenet le passe à son tour, en danseuse, et file seul vers l’arrivée. « Je suis venu à sa droite, et je l’ai passé sans même oser le regarder ! », racontera-t-il l’année suivante. Il gagne l’étape avec 23 secondes d’avance sur Gimondi. Merckx termine cinquième, à 1 minute 56 secondes. Thévenet prend le maillot jaune avec 58 secondes d’avance. Merckx ne portera plus jamais le maillot jaune. Il décrit sa défaillance quelques semaines plus tard : « je craquais. J’étais incapable de pousser mon plus petit développement. J’étais à pied, je souffrais du ventre. »
Thévenet a raconté la scène à Europe 1 en 2019 :
« Tout s’est passé en un quart d’heure. […] J’étais tellement fatigué que je n’entendais rien du tout, et j’ai su par la suite seulement que j’étais le maillot jaune, alors que j’étais le premier concerné. »
14 juillet : l’Izoard
Cinquante-huit secondes, ce n’est rien face à Merckx. Thévenet le sait. Cette nuit-là, raconte-t-il, il se réveille et croit voir le maillot jaune de Merckx posé sur une chaise de sa chambre. Le lendemain, jour de fête nationale, il attaque au pied du col d’Izoard, passe seul au sommet, dans les éboulis de la Casse Déserte, et gagne à Serre Chevalier. Merckx arrive deuxième.
Jusqu’aux Champs-Élysées
Thévenet tient ensuite la course. Au contre-la-montre de Châtel, gagné par Van Impe, il conserve le maillot, puis traverse sans encombre les étapes de transition. Le 20 juillet 1975, pour la première fois, le Tour de France se termine sur les Champs-Élysées, devant une foule immense. Le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, remet lui-même le maillot jaune au vainqueur. Le vainqueur y reçoit pour la première fois une coupe, remise depuis chaque année. Thévenet devance Merckx de 2 minutes 47 secondes et Lucien Van Impe de 5 minutes et 1 seconde. Van Impe emporte le classement de la montagne et le premier maillot à pois de l’histoire du Tour.
À la fin de l’année, le quotidien L’Équipe le désigne champion des champions français. Merckx le reconnaît : « Si j’ai été battu, c’est tout simplement parce que Thevenet a réalisé une course remarquable. » Dans l’histoire du cyclisme, Thévenet reste celui qui a mis fin au règne de Merckx sur le Tour.