1978 : l’abandon dans les Pyrénées

Bernard Thévenet en course sous le maillot Peugeot, spectateurs le long de la route
Prologue du Tour de France 1978 à Leiden, le 29 juin 1978. Photo : Hans Peters, Anefo (Nationaal Archief). CC BY-SA 3.0 nl

Au printemps 1978, un urologue de Grenoble lui découvre une prostatite. Thévenet traîne la maladie depuis des semaines : « Au début j’ai cru que c’était le paludisme, attrapé à la Guadeloupe ou au Venezuela. » Il arrête complètement de courir jusqu’à la fin du mois de mars. Début juin, au Critérium du Dauphiné libéré, il connaît une lourde défaillance dans la montée du Luitel et abandonne. Tenant du titre, il prend le départ du Tour 1978 à Leiden, aux Pays-Bas : « Jusqu’à l’approche du départ j’avais cru pouvoir revenir au premier plan […] mais à Leiden, j’étais devenu perplexe. » Il abandonne lors de la 11e étape, entre Pau et le Pla d’Adet, dans les Pyrénées. Le Tour est gagné par un coureur de 23 ans qui l’avait déjà battu au Dauphiné l’année précédente : Bernard Hinault.

Les examens de l’automne 1978

En septembre puis en octobre 1978, Thévenet passe plusieurs jours à l’hôpital Saint-Joseph, à Paris, pour des examens. Les médecins constatent un fonctionnement très perturbé de ses glandes surrénales, dû à une prise prolongée de cortisone, un corticoïde que le médecin de son équipe lui prescrivait depuis trois ans. Ils ne peuvent pas lui dire s’il pourra continuer sa carrière. Il quitte l’hôpital le vendredi 27 octobre.

Ses déclarations de novembre 1978

En novembre 1978, dans un entretien avec Pierre Chany pour le magazine France-Vélo, Thévenet déclare avoir fait usage de corticoïdes. Il explique : « Je croyais être dans le vrai, imaginant que nous possédions au sein de notre équipe le secret d’une préparation d’avant-garde. Je sais maintenant que c’est faux, et je voudrais que mon expérience serve d’exemple. »

Il ne met pas en cause le médecin de l’équipe, qu’il estime s’être trompé lui-même. Il décrit la confiance qu’il lui accordait : « Le jeune médecin de notre groupe avait pris le temps de nous expliquer le fonctionnement de l’organisme et ses réactions dans l’effort, ce que personne n’avait fait avant lui. » Il doute pourtant que son cas serve de leçon : « Il faudrait que mon expérience soit utile aux autres, mais je crains qu’elle ne serve à rien. »

Au moment de ces déclarations, les corticoïdes ne figurent pas sur la liste des produits interdits aux coureurs. L’Union cycliste internationale les y ajoute peu après, lors de son assemblée plénière de Genève. La méthode de détection de la molécule n’est homologuée qu’en 1999. Au printemps 1977, Thévenet avait par ailleurs été contrôlé positif lors de Paris-Nice, puis sanctionné par la Fédération française de cyclisme (voir le chapitre précédent). « On a envisagé de me mettre à la porte », dira-t-il de son équipe en 1978.

Ses déclarations divisent les commentateurs. Dans Le Monde, Jacques Augendre juge sa confession « courageuse » ; dans Miroir du Cyclisme, Maurice Vidal note que « les avis sont partagés, même chez nous » sur le fait qu’il ait parlé. Thévenet reste inscrit au palmarès du Tour de France comme vainqueur des éditions 1975 et 1977.

En 2017, il revient sur cette période : « Il y avait de la cortisone, mais elle n’était pas interdite. C’était un peu un problème, parce qu’il y avait deux écoles. Nous, chez Peugeot, on avait un médecin qui avait fait une thèse, justement, sur l’utilisation de la cortisone, qui avait reçu la mention très bien. Et à côté, il y avait d’autres facultés qui disaient : non, non, c’est tout à fait faux. […] On n’est pas médecins, nous. On était plongés dans le désarroi. »

Bernard Thévenet : « On m’appelait le cannibale dans le Tour » TV5MONDE, « L’Invité », Patrick Simonin, 30 juin 2017, 8 min 54 s. Voir sur YouTube (nouvel onglet) La lecture commence à la question sur le dopage, à 1 min 24 s.

1979 : dernière saison chez Peugeot

À l’automne 1978, Peugeot lui demande de se préparer pour le Tour d’Italie et lui annonce, par lettre recommandée, une baisse d’un tiers de son salaire en raison de ses mauvais résultats. Il la conteste : « Je n’accepte pas cette dureté de traitement ». En février 1979, il revient sur ses déclarations : « J’ai personnellement décidé de me soigner, de suivre des tests médicaux très approfondis. On m’a demandé de m’expliquer. Je l’ai fait sans hypocrisie. » La même année, il court son unique Tour d’Italie, qu’il termine à la 31e place. Il ne dispute pas le Tour de France.

Le 25 novembre 1979, Peugeot, l’équipe de toute sa carrière professionnelle, le libère de son contrat. Les récits divergent. Thévenet parle d’une séparation « à l’amiable dans des conditions qui ne m’ont pas particulièrement désavantagé ». Miroir du Cyclisme écrit en octobre 1979 que son contrat « a été dénoncé », et Le Monde, en juillet 1980, qu’il a été « licencié par la firme Peugeot ».

1980 : l’aventure espagnole chez Teka

Libéré tard, il trouve place dans l’équipe espagnole Teka, qui visait d’abord Lucien Van Impe et le jugeait trop cher. Il se fixe un but : « Revenir en France dans une équipe française, et faire mes adieux sur la piste de Grenoble lors des Six jours. » Il regarde aussi en arrière, vers la rivalité qu’il n’a pas eue avec Bernard Hinault : « on me donnait déjà le rôle de Poulidor et Bernard avait celui d’Anquetil. J’aurais eu du mal à supporter ce rôle de l’éternel malchanceux et surtout de l’éternel second. »

Il termine 14e du Tour d’Espagne, 8e du Critérium du Dauphiné et 17e du Tour de France. Dans ce Tour, il prend la deuxième place de l’étape Montpellier-Martigues, le 12 juillet, à quatre secondes de Bernard Vallet. Après le Dauphiné, il mesure le chemin parcouru : « C’est une victoire sur moi-même. Je sais que je ne suis pas foutu et c’est cela qui compte plus que les résultats chiffrés ! » Au championnat du monde de Sallanches, il abandonne sous la pluie. En été, il gagne trois critériums : Villefranche-de-Rouergue le 27 juillet, Concarneau le 4 août, et la première édition de la Polynormande, alors un critérium disputé en Normandie. Sur la piste, il gagne une deuxième fois les Six Jours de Grenoble, associé à l’Australien Danny Clark.

1981 : la dernière saison

Il revient dans une équipe française, Puch-Wolber-Campagnolo. Puch lui offre deux saisons, il n’en signe qu’une, avec deux objectifs, le Dauphiné et le Tour : « Si mes vœux se réalisent alors je me retirerai, comme l’on dit, l’âme en paix. » Au printemps, il gagne une étape du Tour du Vaucluse et un contre-la-montre du Circuit de la Sarthe. Il dispute son onzième et dernier Tour de France. Le 16 juillet, entre Grenoble et Saint-Priest, il passe encore en tête d’une côte du Grand Prix de la montagne ; il termine à la 37e place. Il met un terme à sa carrière de coureur à la fin de l’année.

Ce qu’en disait Miroir du Cyclisme

Ainsi donc Bernard Thevenet a trouvé l’origine de ses difficultés : la cortisone et ses dérivés.

Après ses déclarations de l’automne 1978 sur l’usage de la cortisone. Maurice Vidal, Miroir du Cyclisme, n° 261, décembre 1978, p. 3 (éditorial). Voir la page sur PANDOR (nouvel onglet)

Deuxième mais pas seulement deuxième ! C’était aussi beau que d’être premier.

Tour 1980 : deuxième de l’étape Montpellier-Martigues, le 12 juillet, à quatre secondes de Bernard Vallet. Bernard Thévenet (propos recueillis par Henri Quiqueré), « Mon Tour », Miroir du Cyclisme, n° 288, août 1980, p. 6. Voir la page sur PANDOR (nouvel onglet)
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