Printemps 1975 : la peur de Merckx s’efface
En janvier 1975, il fixe son objectif : « Le Tour de France. C’est la plus belle et la plus grande course. Je crois avoir maintenant assez de maturité pour envisager la victoire. »
Le printemps commence par une défaite honorable : deuxième de Liège-Bastogne-Liège, Thévenet est battu par Eddy Merckx. Les deux hommes se retrouvent ensuite au Critérium du Dauphiné libéré. Cette fois, le Français gagne et relègue le Belge, qui sortait d’une maladie, loin au classement. Thévenet a expliqué plus tard ce que cette victoire avait changé :
« À partir de ce moment, j’avais gommé cette peur de lui. Je me sentais plus libre de l’attaquer, j’avais gommé cette espèce de respect de la hiérarchie. »
Juillet 1975 : le Tour
Le récit complet de ce Tour figure sur la page Tour de France 1975. En résumé : Merckx porte le maillot jaune depuis la 6e étape et semble parti pour une sixième victoire. Au puy de Dôme, un spectateur le frappe au foie. Deux jours plus tard, le 13 juillet, dans la montée finale vers Pra-Loup, Merckx s’effondre et Thévenet prend le maillot jaune. Le lendemain, 14 juillet, il passe seul au sommet de l’Izoard et gagne à Serre Chevalier. Le 20 juillet, il remporte le premier Tour de France arrivé sur les Champs-Élysées, avec 2 minutes 47 secondes d’avance sur Merckx.
Trois jours après l’arrivée, il court le critérium de Chaam, aux Pays-Bas, au milieu de la foule. À la fin de l’année, le quotidien L’Équipe le désigne champion des champions français. Il remporte aussi le Prestige Pernod, le trophée A.G.F. des critériums français, devant Merckx et Zoetemelk, et prend la sixième place du championnat du monde. À l’automne, il est intronisé chevalier du Tastevin aux Hospices de Beaune. Il mesure le changement : « Je suis mieux respecté dans le peloton. On me fait place dans une bordure. C’est la loi du plus fort. »
1976 : l’année noire
Vainqueur sortant, Thévenet traverse une saison 1976 éprouvante, affaibli par un mal d’origine virale. Une bronchite lui fait abandonner Paris-Nice et manquer les classiques. Il réussit pourtant à conserver son titre au Critérium du Dauphiné, avec deux victoires d’étape, et gagne les Six Jours de Grenoble sur piste avec l’Allemand Günter Haritz.
Avant le départ du Tour, il se méfie : « J’appréhende les huit premières étapes. Je les redoute. » Le Tour tourne mal. Encore dans les six premiers du classement général avant les Pyrénées, il perd plus de treize minutes au Pla d’Adet, où gagne Lucien Van Impe, futur vainqueur, puis arrive à Pau le lendemain à 7 minutes 35 secondes du maillot jaune. Il abandonne le 15 juillet, au kilomètre 147 de la 19e étape, entre Sainte-Foy-la-Grande et Tulle. Miroir du Cyclisme note : « On parlait d’hépatite virale. »
Après le Tour, le public le siffle au critérium du Creusot. Miroir du Cyclisme refuse de lui faire porter seul l’échec : c’est, écrit le mensuel, toute une équipe qui a failli. Il rappelle qu’après la victoire de 1975, Peugeot lui a imposé, pour des raisons publicitaires, une tournée en Afrique du Sud avec une équipe amateur de l’ACBB. À l’automne, il termine deuxième du Tour de Lombardie derrière Roger De Vlaeminck. On parle déjà de déclin.
1977 : le deuxième maillot jaune
Il gagne le Tour du Haut-Var en février, une étape du Tour de Corse en mars. À Paris-Nice, en mars, il est contrôlé positif : il l’apprend fin mars, par une lettre recommandée de la Fédération française de cyclisme. Le règlement interne de son équipe, Peugeot-Esso, permet alors de licencier un coureur contrôlé positif. Il reconnaît avoir douté : « Je me suis demandé si je m’en sortirais, mais jamais au point de renoncer à ma carrière. Si j’étais coupable, je ne l’étais pas plus que tant d’autres. » Le 12 mai, la commission sportive nationale le sanctionne : un mois de suspension avec sursis, 1 000 francs suisses d’amende et dix minutes de pénalité, qui le font passer de la troisième à la vingt-troisième place de Paris-Nice. Il en parlera en août : « dans cette affaire, j’ai été le dindon de la farce. Telle qu’elle est pratiquée, la lutte anti-dopage n’est pas faite pour protéger la santé des coureurs. »
Au Critérium du Dauphiné, il finit deuxième, à neuf secondes d’un jeune Breton de 22 ans, Bernard Hinault. Il est encore deuxième du Grand Prix du Midi libre, derrière l’Italien Wladimiro Panizza.
Le Tour 1977 est raconté en détail sur la page Tour de France 1977. L’Allemand Dietrich Thurau porte le maillot jaune pendant plus de deux semaines. Thévenet le lui prend au contre-la-montre en côte d’Avoriaz, le garde pour huit secondes au sommet de l’Alpe d’Huez face au Néerlandais Hennie Kuiper, puis assure sa victoire en gagnant le contre-la-montre de Dijon. À Paris, il devance Kuiper de 48 secondes. Merckx, malade, termine sixième de son dernier Tour.
En fin de saison, il gagne encore le Circuit du Cher, en septembre, et l’Escalade de Montjuïc, à Barcelone, en octobre.